Toronto’s Old City Hall/l’Ancien hôtel de ville de Toronto.

Être avocate de service dans un tribunal de traitement de la toxicomanie

Par Annie Schachar

Je me tiens debout dans une salle bondée et je garde un moment de silence afin de peser soigneusement mes mots avant de m’adresser aux personnes présentes .

Même si je ne fais pas un long discours, je suis consciente que mes propos pourraient avoir des répercussions importantes sur la vie d’une personne. Je travaille à titre d’avocate de service d’Aide juridique Ontario (AJO) au tribunal de traitement de la toxicomanie (TTT) de Toronto. En ce moment, je représente un de mes clients dans une cérémonie de remise de diplôme du TTT au palais de justice de l’Ancien hôtel de ville de Toronto.

Juste avant de me rasseoir, des applaudissements retentissent. Quelques minutes plus tard, la salle s’emplit d’un tourbillon de poignées de main et d’accolades chaleureuses pour féliciter le diplômé.

Historique des tribunaux de traitement de la toxicomanie

Les TTT sont une forme de justice pénale unique. Ils offrent aux toxicomanes non violents qui font face à des accusations pénales liées à leur dépendance des solutions de rechange à l’incarcération. L’objectif des TTT est de réhabiliter les délinquants toxicomanes et de prévenir la récidive en intégrant un traitement des dépendances dans le processus judiciaire.

Avant d’être admis au programme, les clients sont soumis à un processus intensif de sélection. Ils sont ensuite tenus de plaider coupables et de suivre un traitement clinique intensif offert par le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH). Les participants qui terminent le programme avec succès (il faut compter environ un an ou plus) reçoivent généralement des peines non privatives de liberté et quittent souvent le tribunal avec l’espoir renouvelé de mener une vie sans drogue.

Le premier TTT a ouvert à Miami en 1989 sous l’effet du trop grand nombre d’affaires soumises à la cour ainsi que de la surreprésentation des toxicomanes dans le système de justice pénale. Vingt-cinq ans plus tard, plus de 2 500 tribunaux consacrés en matière de drogues ont été mis en place dans le monde, mais seulement un a été créé à Toronto.

Être avocate de service dans un TTT

Depuis 2007, je fais partie des nombreux avocats de service spécialisés à travailler dans le TTT de l’Ancien hôtel de ville de Toronto. Ce TTT compte en général de 45 à 60 clients et la plupart d’entre eux sont représentés par un avocat de service d’AJO.

Parce qu’il faut consacrer beaucoup d’heures de travail afin de représenter efficacement les clients du TTT (il faut assister à deux comparutions devant le tribunal par semaine et à des rencontres « préliminaires »), il est rare que les services d’un avocat du secteur privé soient retenus. Par conséquent, les avocats de service sont largement engagés dans toutes les activités du TTT.

Du point de vue d’un avocat de la défense, la plus grande différence qui existe entre travailler dans une salle d’audience d’un TTT et travailler dans une salle d’audience « normale » se situe dans le fait que les TTT adoptent une approche de justice axée sur la collaboration plutôt qu’une approche accusatoire. Cela signifie qu’en tant qu’avocate, je dois adapter mes stratégies de représentation à partir de celles que j’adopterais, par exemple, dans un tribunal des cautionnements. Cela représente un défi unique pour un avocat de service puisque notre tâche principale est, bien entendu, de représenter des clients.

Trouver le juste milieu entre transmettre les désirs des clients au tribunal et adopter une approche axée sur la collaboration en vue d’une réhabilitation peut se révéler délicat, mais cela offre une pause bienvenue après avoir baigné dans l’atmosphère conflictuelle qui règne dans les autres salles d’audience. Représenter des clients dans un TTT fait partie des plus grands défis, mais aussi des tâches les plus enrichissantes de ma carrière.

Services spécialisés offerts à la clientèle

Un autre défi relié au rôle d’avocate de service dans un TTT réside dans la gestion de la relation avec le client. Les personnes aux prises avec des problèmes de toxicomanie luttent souvent contre de nombreux autres problèmes comme l’itinérance, des maladies mentales et des antécédents de traumatismes. Fournir des services adaptés aux besoins de cette communauté nécessite un important degré de compréhension et de sensibilité.

En travaillant en étroite collaboration avec des thérapeutes en toxicomanie du CAMH, j’ai appris que le changement de tempérament fait souvent partie du processus de réadaptation. Mon travail au TTT m’a permis de développer des habiletés à travailler avec des personnes que je peux exploiter dans toutes les autres tâches de mon travail.

L’un des aspects les plus gratifiants de mon travail est d’établir des relations étroites avec les clients que je représente. Puisque les clients du TTT doivent se présenter au tribunal deux fois par semaine, un avocat de service a tendance à apprendre à connaître et à comprendre les clients du TTT beaucoup plus profondément que ceux des autres types de tribunaux qui sont plus passagers.

Par conséquent, je prends part aux échecs et aux succès de mes clients du TTT. En ce sens, je suis beaucoup plus qu’une simple avocate de la défense en droit criminel – je suis membre d’une équipe dont le but est d’encourager et d’inspirer les personnes aux prises avec des problèmes de dépendance ainsi que de les soutenir dans leur processus de réadaptation.

De retour à la cérémonie de remise de diplôme du TTT, j’attends en ligne en compagnie du juge, des thérapeutes du CAMH, des membres de la famille et de tous les autres participants afin de serrer la main du nouveau diplômé.

Je tends la main, mais mon client me tire vers lui et me serre dans ses bras en me disant : « je n’aurais pas pu faire ça sans toi Annie ».

Annie Schachar est avocate de service à AJO. Elle a auparavant travaillé au Tribunal de traitement de la toxicomanie de Toronto.