Réflexions sur le Sommet 2013 sur la justice pour l’ensemble de la nation NAN

Fallon Melander

Parmi mes fonctions de conseillère en politiques autochtones à Aide juridique Ontario (AJO), voyager dans l’ensemble de la province pour rencontrer des gens et parler de leurs expériences des services d’AJO est l’une de mes préférées.

Dernièrement, j’ai eu l’occasion d’assister au Sommet sur la justice de la Nation Nishnawbe Aski (NNA) qui a eu lieu à Thunder Bay, du 19 au 21 novembre 2013.

L’objectif du Sommet était de réunir la communauté juridique, les communautés des Premières Nations et des organismes pour discuter des problèmes du système judiciaire qui existent depuis longtemps et qui ont une incidence disproportionnée sur les AutochtonesLe discours que John McCamus a prononcé au Sommet offre d’autres perspectives

Un élément important et particulier que j’ai noté lors du sommet est le désir sans précédent des participants à dialoguer.

Dans une seule pièce, étaient réunis des juges, des juges de paix, des avocats de la défense, des procureurs de la Couronne, des policiers, des chefs et membres des conseils, des aînés, des membres d’organismes autochtones ainsi que des représentants du gouvernement qui prenaient tous une part active à la discussion sur les problèmes inhérents au système judiciaire actuel.

Les participants ont reconnu qu’il existait deux systèmes de justice différents  – le système de justice eurocanadien, auquel la population autochtone a été assujettie pendant la colonisation, et l’approche autochtone de justice réparatrice traditionnelle. Malheureusement, il est rare que ces deux systèmes se rejoignent et il est rare, aussi, que l’approche autochtone soit reconnue comme une réelle façon de régler des questions dans le contexte du droit criminel, du droit de la famille et de la protection de l’enfance.

Le sommet a permis de mettre en lumière quelques-uns des programmes de justice réparatrice offerts en ce moment dans certaines communautés du Nord ainsi qu’à la NAN Legal Services (clinique de services juridiques de la NNA). Les participants ont pu assister à des présentations instructives, des discussions de groupe et des ateliers interactifs soulignant les avantages de l’approche réparatrice.

L’un des témoignages les plus éloquents de la valeur de l’approche réparatrice pour aborder et traiter réellement les problèmes sous-jacents qui peuvent conduire une personne à avoir des démêlés avec le système de justice est celui de Brenda Batisse qui a raconté son histoire lors du sommet.

Brenda est une jeune femme membre des Premières Nations de Kirkland Lake qui, en 2008, a été condamnée à cinq ans d’emprisonnement pour avoir enlevé un nouveau-né à l’hôpital de Sudbury. L’affaire avait fait l’objet d’une vaste couverture médiatique et plusieurs personnes présentes dans la salle avaient déjà entendu parler de cette histoire, sans jamais, toutefois, l’entendre personnellement de l’auteure du crime. Brenda nous a raconté comment un acte de violence qu’elle a subi dans son enfance avait changé le cours de sa vie. Elle a évoqué sa jeunesse dans un milieu familial extrêmement violent et le chemin qui l’a menée à commettre un crime qu’elle qualifie elle-même d’horrible.

Brenda nous a dit que, même après sa mise en liberté, elle se sentait brisée moralement et que sa vie était une lutte quotidienne. La seule chose qui l’a aidée a été de participer à un cercle de justice réparatrice, dirigé par la NAN Legal, auquel participait également l’individu responsable du premier acte de violence dont elle a été victime.

Brenda nous a aussi raconté que sa participation à ce cercle lui a permis, pour la première fois de sa vie, de confronter son agresseur, de surmonter ses traumatismes et de faire la paix avec elle-même. Elle nous a dit qu’elle jugeait que la justice réparatrice était un processus puissant qui a changé sa vie de façon capitale.

Le témoignage de Brenda n’est qu’un exemple des nombreuses activités qui ont mis en lumière les bienfaits de l’approche réparatrice au cours de la semaine.

À la fin de la semaine, tous les participants ont pris part à la rédaction de l’ébauche d’un plan d’action. Ce dernier, qui a été approuvé par tous, a pour objectif un système de justice qui convienne à la communauté autochtone. Les participants ont reconnu que la collaboration de tous était nécessaire et qu’un système unique ne pouvait répondre aux besoins de tous.

Je suis impatiente d’intégrer à mon travail à AJO les nouvelles connaissances, idées et pratiques acquises lors du sommet et de faire progresser la Stratégie de justice applicable aux Autochtones.

* La transcription du discours en français sera bientôt affichée

Fallon Melander

À propos de Fallon Melander

Me Fallon Melander est une Ojibway de la Première Nation Wikwemikong et elle dirige actuellement la Stratégie de justice applicable aux Autochtones d’Aide juridique Ontario (AJO).

Avant de se joindre à l’équipe d’AJO, Fallon a travaillé à la clinique juridique communautaire de l’Université d’Ottawa et a fait un stage auprès de l’organisme Aboriginal Legal Services of Toronto.

Fallon, qui est une membre active de l’Association du Barreau Autochtone et participe au programme Dare to Dream lancé par les avocats canadiens à l’étranger, s’engage à procurer aux Autochtones et à leur communauté l’accès à la justice.