En quoi la violence qui touche les femmes handicapées est-elle différente de celle qui touche les autres femmes?

Souvent oubliées, les femmes handicapées peuvent être victimes de types particuliers de violence. Selon une étude, les femmes handicapées sont deux fois plus susceptibles de déclarer des violences physiques graves et trois fois plus susceptibles d’être forcées à avoir des rapports sexuels.1

Vania Sukola est psychothérapeute agréée et conseillère principale pour les femmes ayant une déficience intellectuelle qui ont été victimes de violence au Family Service Toronto depuis 11 ans. Elle explique certains défis particuliers parmi ceux auxquels les femmes handicapées font face lorsqu’elles sont confrontées à la violence.

Family Service Toronto élabore un nouveau programme de cours et une nouvelle formation pour aider les avocats à être mieux informés sur les traumatismes lorsqu’ils travaillent avec des femmes victimes de violence, y compris les femmes handicapées.

  • AJO : En quoi la violence qui touche les femmes handicapées est-elle différente de celle qui touche les autres femmes?

  • VS : La violence se manifeste de bien des façons, qu’elle soit physique, sexuelle, affective, financière ou psychologique. N’importe quelle femme peut subir une ou plusieurs formes de violence, mais les femmes handicapées vivent des situations particulières liées à ces formes de violence qui sont potentiellement différentes de celles subies par d’autres groupes de femmes. Par exemple, les femmes handicapées sont victimes de violence physique lorsqu’un partenaire, un membre de la famille ou un fournisseur de soin ont délibérément recours à la violence pour cibler la partie du corps avec laquelle la femme a besoin de soutien, ou lorsqu’on utilise à leur endroit des propos blessants et humiliants liés à leur handicap.

    Les femmes qui sont étiquetées avec une déficience intellectuelle peuvent être victimes de formes de violence sexuelle particulières à ce groupe. Il existe des mythes et des stéréotypes qui perpétuent l’idée que les femmes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du développement ignorent ce qu’est un rapport sexuel, ne peuvent pas consentir ou ne sont pas en mesure de déterminer qu’elles ont agi sans donner leur consentement. On dit que près de 80 % des femmes ayant une déficience intellectuelle subissent une forme quelconque d’agression sexuelle.

  • AJO : Les femmes handicapées confrontées à la violence font-elles face à des défis particuliers, juridiques ou autres, à Toronto ou en Ontario?

  • VS : Chaque groupe de femmes est confronté à des formes particulières de violence. Par exemple, les femmes nouvellement arrivées vivent des situations de violence inhérentes à la culture – elles peuvent subir des intimidations quant à leur parrainage; les femmes qui sont dans une relation homosexuelle peuvent être menacées par leur agresseur de révéler leur l’homosexualité. En général, il n’y a pas de caractère spécifique à la violence à Toronto. Une chose est certaine, même s’il existe des programmes spéciaux d’aide au logement (pour les femmes qui vivent une situation de violence), on rencontre peu de bâtiments qui possèdent des logements accessibles et la liste d’attente pour obtenir un logement prioritaire adapté est assez longue. Il existe quelques refuges dans la ville qui sont accessibles, mais ils sont généralement pleins et ne disposent pas de programmes de soins auxiliaires.

    Un programme a été créé en Ontario pour soutenir les adultes étiquetés comme ayant une déficience intellectuelle. Il s’appelle Stop aux abus. Il a été mis en place pour soutenir les familles, les amis, les travailleurs et la communauté lorsque des cas de violence sont soupçonnés.

  • AJO : La violence à l’encontre des femmes handicapées est-elle bien comprise du public?

  • VS : Je ne pense pas qu’elle soit très bien comprise. Je pense que les femmes handicapées sont perçues d’une façon qui les différentie et qui les sépare de celles d’entre nous qui sont valides. Je crois qu’il y a des points de vue et des stéréotypes négatifs et discriminatoires intériorisés qui peuvent influer sur la façon dont celles et ceux d’entre nous qui ne vivent pas avec un handicap les perçoivent. Je crois en outre que l’on n’apprend pas aux enfants à accepter et à être inclusifs dès leur plus jeune âge. Cette perception erronée nous suit jusque dans nos vies d’adultes, et au lieu de faire preuve de respect et d’inclusion, nous réagissions avec pitié ou embarras envers les personnes qui sont différentes de nous.

  • AJO : Quelles mesures faut-il prendre en Ontario pour éliminer ce phénomène?

  • VS : Il serait utile que les gens travaillent ensemble pour réduire les obstacles et, en fait, apporter des changements positifs et offrir des possibilités. Faire en sorte que des avocats (en droit criminel, en droit de la famille, en droit sur les successions, en droit de l’emploi et de l’immigration) travaillent aux côtés des défenseurs des droits des femmes victimes de violence peut faciliter ce changement. Au lieu de maintenir le travail dans l’isolement et le cloisonnement des secteurs, il faudrait travailler dans une perspective davantage axée sur la communauté qui constituerait un moyen plus proactif de contribuer à changer la donne. Des changements peuvent s’opérer quand on plaide en faveur d’un meilleur logement, d’une plus grande sécurité pour les femmes, d’une condamnation plus sévère des agresseurs, de la foi dans le récit des survivantes, de meilleures possibilités de choix pour les mères, les nouvelles arrivantes et les réfugiées.

  • AJO : Quel rôle les organismes comme Aide juridique Ontario peuvent-ils jouer à cet égard? De quelle façon travaillez-vous avec ces derniers et les autres?

  • VS : Je pense qu’il est impératif d’aider les femmes à se sentir soutenues.

  • Il est important de les rencontrer là où elles se trouvent, que ce soit physiquement ou mentalement. Par exemple, cela peut signifier passer plus de temps avec elles pour expliquer le processus ou les termes juridiques. Cela peut signifier s’informer davantage sur ce qu’implique le fait de tenir compte des traumatismes. L’un des moyens permettant d’amorcer ce virage consiste à mobiliser les avocats pour qu’ils s’engagent dans une formation et des discussions sur les pratiques qui tiennent compte des traumatismes, les mauvais traitements et la façon dont ils peuvent offrir le soutien dont leurs clientes ont besoin.

Notes de bas de page

  1. Violence Against Women with Disabilities – Violence Prevention Review, février 2011 (en anglais seulement)
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