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Plaidoyer pour un surcroit d’éducation juridique auprès des communautés racialisées

de Josephine Li

Photo of Wayne van der Meide

Wayne van der Meide

Wayne van der Meide, l’un des deux chefs de la Stratégie pour les communautés racialisées d’Aide juridique Ontario (AJO), a vécu un moment étonnant au cours d’une rencontre avec un organisme d’aide à l’établissement lors de laquelle il devait présenter les activités d’AJO.

Wayne se souvient : « Après avoir expliqué qu’AJO pouvait offrir son aide pour toute une gamme d’affaires juridiques différentes, on a été dérouté de se faire répondre : “C’est vrai?” On a eu l’impression qu’AJO avait échoué à faire connaître la façon dont elle peut aider. »

Cette réponse, Wayne et sa co-directrice, Kimberly Roach, y ont été confrontés à maintes reprises au début de leurs rencontres avec les agences communautaires qui travaillent majoritairement avec les communautés racialisées. Wayne continue à être surpris par l’incroyable méconnaissance des droits des Canadiens, des activités d’AJO et de la disponibilité des services d’aide juridique.

Une mère qui savait se défendre

Wayne sait à quel point le fait de connaître ses droits change la donne.

Bien qu’il soit né au Canada, sa famille a déménagé à Trinidad quand il avait neuf ans. Il se souvient que, quand il est revenu au Canada des années plus tard, l’école voulait le faire redoubler parce qu’elle ne reconnaissait pas le fait que le système d’éducation à Trinidad avait, selon Wayne, « en réalité, un an d’avance ».

« Ça ne s’arrête pas là, se souvient-il. Il voulait me faire suivre des cours d’anglais langue seconde. Et, je ne sais pas si vous êtes au courant, mais les Trinidadiens parlent anglais : c’est notre langue. »

Heureusement pour Wayne, sa mère, elle aussi canadienne, savait se défendre et elle n’a pas voulu en démordre : son fils ne devait pas être freiné ni inscrit en anglais langue seconde.

« La plupart de mes meilleurs amis, ceux de l’époque et ceux d’aujourd’hui, sont des personnes racialisées qui n’ont pas eu cet avantage et qui n’ont pas été aussi chanceuses. »

Un manque de connaissance des droits chez les membres des communautés racialisées

Wayne croit qu’Aide juridique Ontario doit donner plus d’importance à l’éducation juridique du public en tant que fonction essentielle.

Il soutient pleinement le fait qu’AJO traduit actuellement certaines de ses brochures et de ses fiches de renseignements qui traitent de ses services, et ce, dans les langues les plus demandées. Ce n’est qu’une étape de plus vers une meilleure prestation des services à une vaste population composée de plusieurs communautés.

De plus, les divers districts ont des avocats-conseils qui sensibilisent la communauté; Wayne considère que ce travail est crucial et qu’il faudrait l’intensifier.

Il cite en exemple des rencontres avec des travailleurs en justice sociale qui avaient profondément à cœur d’aider les autres, mais qui ne comprenaient toujours pas que le fait de traiter tout le monde de la même manière n’est pas la meilleure façon de toucher ceux qui ont besoin de services.

Il se souvient avoir demandé : « Que feriez-vous différemment pour garantir que vous sensibilisez et servez les membres des communautés racialisées? »

On lui répondait, avec grande fierté : « Absolument rien. Nous traitons tout le monde de manière égale. »

Wayne ajoute : « Ce que je veux expliquer, c’est que si les services qui sont accessibles aux personnes riches sont également disponibles pour les personnes pauvres, il y a une forte probabilité pour que ces services ne soient pas accessibles aux personnes pauvres. »

Élargir le débat sur la race

« Parfois, quand tu parles aux personnes au sujet de questions raciales, elles adoptent immédiatement une attitude défensive, explique Wayne. Les gens pensent que le racisme est une sorte de question morale. Si je suis heureux d’accueillir une personne noire pour le souper, je ne suis pas raciste. »

Mais comme Wayne l’explique, « cela ne veut pas dire que l’on n’a pas l’obligation de réparer les systèmes qui exercent une discrimination à l’endroit des personnes racialisées ».

Wayne pense qu’un débat plus large doit avoir lieu : une conversation au sujet de ce que vivent les personnes racialisées et des désavantages systémiques auxquels elles font face, des désavantages qui ne sont pas exposés au grand jour.

Nourrir un sentiment « d’altérité »

Dans une certaine mesure, il comprend ce que sont ces désavantages. Wayne a toujours ressenti un sentiment « d’altérité » car son identité est multiple.

« D’abord, je suis métissé, explique-t-il. Mon père est blanc et ma mère est sud asiatique de Trinidad. De plus, je suis gai. Je n’ai jamais eu la sensation que je pouvais être entièrement moi-même dans la communauté caribéenne, ni dans la communauté gaie, ni dans aucune des diverses sphères sociales dans lesquelles je me suis retrouvé. »

Il approuve la manifestation assise de Black Lives Matter à la marche des fiertés de Toronto, qui a surtout interrompu les festivités. Alexandra Williams, l’une des cofondatrices de Black Lives Matter à Toronto a déclaré aux médias : « Quand il s’agit de s’assurer que les gens soient au courant de la marginalisation des personnes noires, des jeunes allosexuels noirs, des jeunes trans noirs ou des Noirs trans, c’est toujours le bon moment. »

Wayne pense que les actions de Black Lives Matter durant la marche des fiertés démontrent clairement que « la communauté LGBTQ comprend une vaste population de personnes racialisées et à faible revenu et que la Fierté de Toronto semblent avoir perdu le contact avec eux ».

Renouer avec la communauté

Le fait est que, depuis 20 ans, il y a une surreprésentation des communautés racialisées dans le système de justice. En Ontario, les personnes de couleurs comptent pour 26 % de la population, toutefois 19 % des familles des communautés racialisées vivent dans la pauvreté, par comparaison à 6 % des familles des communautés non racialisées.

L’état de pauvreté a entraîné l’apparition d’une série de problèmes notamment l’augmentation du sans-abrisme, le manque d’accès à l’éducation, à un travail équitable, aux soins de la santé et à la protection de la police, les obstacles à l’emploi et la surreprésentation d’emplois précaires et peu rémunérateurs. À cela s’ajoutent un taux disproportionné d’interventions policières excessives et la surreprésentation dans les prisons.

C’est la raison pour laquelle Wayne et sa co-directrice, Kimberly, reconnaissent l’importance de parler aux gens, que ce soit aux clients, aux organismes communautaires ou aux travailleurs en justice sociale.

« C’est tellement important de renouer avec les gens et d’écouter ce qu’ils ont à dire, affirme-t-il. Pour réellement comprendre un problème, il faut parler avec les personnes les plus directement concernées. Vous devez parler aux personnes sur le terrain, aux personnes qui ont été confrontées au système de justice ou qui ont travaillé directement avec les personnes dans le système de justice. »

Consultation dans le cadre de la stratégie pour les communautés racialisées d’AJO

Dans le cadre de la première phase de la stratégie pour les communautés racialisées, Wayne et Kim ont déjà rencontré un vaste éventail d’organismes communautaires. L’année prochaine, ils utiliseront les renseignements recueillis au cours de leur recherche et des rencontres pour rédiger un document de travail dans lequel figureront plusieurs suggestions de changements qu’AJO peut effectuer.

Le document de travail servira de fondement aux consultations supplémentaires qui seront menées dans l’ensemble de la province.

Pour vous tenir au courant des renseignements recueillis par Kim et Wayne, visitez le site Web de la Stratégie pour les communautés racialisées d’AJO.



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