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Engagement précoce envers la justice pour les communautés racialisées

de Josephine Li

Même avant d’être la codirectrice de la Stratégie pour les communautés racialisées d’Aide juridique Ontario, Kimberly Roach avait constaté la nécessité d’une stratégie pour répondre aux besoins des communautés racialisées.

Enfant, elle a quitté la Jamaïque pour le quartier Parkdale en Ontario, dans un immeuble qu’elle qualifie de « réputé ». Elle se rappelle que les conditions de vie étaient « horribles ». Les locataires, de nouveaux émigrants qui souvent occupaient des postes précaires en raison des obstacles linguistiques et de la discrimination, étaient pour la plupart exploités.

Photo of Kimberly Roach

Kimberly Roach

Les locataires ont mis en place une association de locataires. Par la suite, le beau-père de Kim est devenu le chef de l’association et Kim a contribué à sensibiliser les locataires sur leurs droits en distribuant des tracts à tous les appartements de l’immeuble de 19 étages où ils habitaient. La clinique locale a aidé les locataires à poursuivre le propriétaire en cour.

« Nous étions pauvres et nous ne pouvions pas avoir accès à un avocat alors la clinique nous a procuré la première aide que nous avons reçue, déclare‑t‑elle. C’était la première fois que je constatais à quel point l’aide d’un avocat est puissante. »

Début du parcours vers une carrière en justice sociale

Quand Kim avait neuf ans, sa famille a recueilli une amie et la fille de cette dernière. Cette femme avait survécu à la violence familiale et son partenaire l’avait quittée avant que les documents de parrainage ne soient signés. Tout comme la famille de Kim, elle ne connaissait pas AJO.

Pour aider leur amie, la mère que Kim, qui travaillait dans une usine, a utilisé son propre argent pour embaucher quelqu’un qu’elles croyaient être un avocat. En définitive, l’amie de la famille de Kim a été expulsée avec son enfant.

« Des années plus tard, alors que je m’apprêtais à entrer à l’école de droit, ma mère m’a fait promettre de devenir une avocate qui aiderait les gens dans le besoin, se rappelle Kim. Ces expériences et la promesse que j’ai faite à ma mère m’ont poussé vers la justice sociale. »

Une Stratégie pour les communautés racialisées attendue depuis longtemps

Kim a travaillé à plusieurs cliniques, mais les Dundurn Community Legal Services et la Rexdale Community Legal Clinic sont celles qui sont le plus ancrées dans sa mémoire en raison du nombre important de résidents noirs dans la région qu’elles desservent et du niveau élevé de pauvreté de ces derniers.

« Nous avions beaucoup de clients réguliers et nous avions l’impression de n’appliquer que des mesures provisoires, mentionne‑t‑elle. Je pouvais voir les lacunes qui laissaient les personnes passer à travers les mailles du système. »

Kim note que, pour ceux qui travaillent sur le terrain, les problèmes sont évidents. Il est flagrant qu’il y a une relation entre race et pauvreté et que les deux sont souvent des facteurs qui contribuent à la multiplication des problèmes juridiques. Ce sont ces problèmes qui auront par la suite de graves répercussions dans la vie d’une personne.

Comme elle a pu le constater dans son enfance, la pauvreté et la race, ajoutées à l’ignorance de l’existence de l’aide juridique, entraînent pour certaines personnes une incompréhension totale de leurs droits et des moyens d’obtenir de l’aide pour les défendre.

Une analyse approfondie des problèmes

AJO mettra en place sa Stratégie pour les communautés racialisées qui élargira les services d’aide juridique pour mieux répondre aux besoins des clients racialisés.

Dans le cadre de cette stratégie, Kim et Wayne van der Meide, l’autre codirigeant, ont rencontré plusieurs groupes comme les organismes de protection de l’enfance. Avant même que les rapports des médias ne commencent à évoquer le nombre élevé d’enfants noirs et autochtones pris en charge, ils avaient déjà entrepris de se faire une idée claire sur la question.

« J’avais travaillé avec des clients qui étaient impliqués dans un conflit avec un organisme de protection de l’enfance, mais je ne m’étais pas rendu compte du nombre élevé d’enfants noirs qui étaient pris en charge : ça m’a fait un choc », dit‑elle.

AJO a commencé à offrir davantage de services dans les affaires relevant de la protection de l’enfance l’année dernière et à attirer l’attention sur les droits des parents. Les personnes commencent lentement à prendre conscience de la disponibilité de l’aide juridique avant même que l’affaire n’en arrive au point où il faut avoir recours au tribunal de la famille pour la régler.

Kim explique que dès qu’un enseignant appelle un organisme de protection de l’enfance, même si c’est pour quelque chose qui n’est pas du ressort de la protection de l’enfance, par exemple lorsqu’un enfant a un mauvais comportement à l’école ou qu’il y a des altercations entre les enfants, l’organisme a l’obligation de faire enquête. Trop souvent les choses s’enveniment à partir de là. Un avocat peut aider les familles à s’orienter dans le système de protection de l’enfance et trouver une solution à l’affaire sans avoir recours au tribunal.

Kim a pu constater que l’ignorance de leurs droits est un problème fréquent chez les parents. Que ce soit en relation avec le système de protection de l’enfance ou le système d’éducation, plusieurs familles ne connaissent pas leurs droits, y compris celui de se faire représenter par un avocat.

Dans un rapport de la Commission ontarienne des droits de la personne, les entrevues ont révélé que la perception générale était que les politiques en matière de discipline scolaire avaient de plus fâcheuses conséquences sur les étudiants noirs ou les étudiants d’une autre minorité raciale, notamment les communautés tamoule, autochtone et latino‑américaine.

Lors des premières séances de participation avec différentes communautés, la Commission s’est fait dire que les familles cherchent de plus en plus à obtenir des conseils juridiques et des services de représentation pour des affaires de discipline scolaire comme les audiences de renvoi.

Nécessité de mieux faire connaître l’aide juridique

Kim et Wayne élaborent en ce moment un document de consultation qu’ils utiliseront pour guider leurs discussions avec les différentes communautés. Ils aimeraient avoir une meilleure idée des changements qu’AJO devrait effectuer pour aider un plus grand nombre de clients.

L’un des thèmes récurrents est la nécessité pour AJO d’améliorer la sensibilisation des personnes à son rôle et à la manière d’avoir accès à ses services. Kim et Wayne espèrent qu’en créant des liens et en travaillant avec les personnes des différentes communautés qu’ils ont rencontrées, ils habiliteront les personnes par le savoir.

Un autre sujet dont Kim entend souvent parler est la nécessité de faire en sorte que les renseignements d’AJO soient disponibles dans d’autres langues que l’anglais et le français. Dans le cadre d’un projet récemment mis sur pied, les dépliants d’AJO sont en cours de traduction dans les langues les plus fréquemment demandées. Ce projet n’est qu’une des mesures récentes prises par AJO.

Kim dit qu’en écoutant ce que les personnes disent, ils auront une meilleure compréhension de ce que sont les difficultés. De plus, en collaborant avec les communautés et les organismes qui les servent, AJO pourra prendre des mesures pour répondre aux différents besoins cernés par plusieurs communautés parmi celles servies par AJO.

« Nous devons nous intéresser de près aux personnes à qui nous offrons nos services et nous demander si nous les fournissons à celles qui ont besoin de notre aide. Nous devons nous interroger sur la façon dont nous servons ces communautés et sur la disponibilité de nos services. Répondons-nous à leur besoin? », s’interroge‑t‑elle.

Souvent les problèmes juridiques des pauvres sont liés à leurs préoccupations personnelles, sociales et financières.

Kim ajoute : « Notre objectif est d’adopter une approche globale en ce qui concerne les problèmes des clients racialisés ».

Consultation sur la Stratégie sur les communautés racialisées

La consultation d’AJO est prévue plus tard dans l’année et elle commencera par des rencontres entre Kim et Wayne et plusieurs représentants de différentes communautés. Cette consultation leur donnera l’occasion d’écouter les personnes qui sont les plus touchées par les inégalités du système de justice et permettra d’aider AJO à mieux comprendre comment mieux servir ces clients.

Entre-temps, les deux codirecteurs continuent de rencontrer les groupes de défense des droits et les organismes communautaires.

Pour vous tenir au courant des renseignements communiqués à Kim et Wayne à l’occasion de cette consultation, visitez le site Web de la Stratégie pour les communautés racialisées d’AJO.

Josephine Li est conseillère en communications à Aide juridique Ontario.