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Célébration du mois du travail social : une profession de choix

Travailleurs sociaux et avocats : une équipe qui gagne

Avocats et travailleurs sociaux utilisent des approches très différentes à l’égard des services de première ligne aux clients. Cela signifie-t-il pour autant que les deux professions ne devraient jamais se rencontrer ?

Résoudre les problèmes auxquels la vie nous confronte ressemble parfois à l’assemblage d’un énorme casse-tête et l’étendue de la tâche peut paraître terrifiante, particulièrement aux personnes les plus vulnérables. Une procédure judiciaire est en soi un processus stressant et si, en plus, la personne fait face à d’autres défis comme des problèmes sociaux ou médicaux, cela devient encore plus effrayant. Chaque affaire comporte son lot de pièces compliquées à assembler comme le fait de se tenir debout devant le tribunal pour parler à un juge, de savoir où trouver de l’aide dans la communauté; de comprendre ses droits et les prochaines étapes.

Le système de justice est ainsi fait qu’il est très difficile, voire impossible, d’assembler les pièces seuls, surtout pour nos clients vulnérables qui sont souvent confrontés à une multitude de défis. Il s’agit d’un casse-tête dont les pièces ne s’imbriqueront jamais facilement.

Les travailleurs sociaux apportent des compétences dans le cadre juridique qui occasionnent un véritable changement

Les travailleurs sociaux aident les clients à se connecter à des services communautaires spécialisés; ils les accompagnent et appuient les avocats et les parajuristes qui plaident en leur nom devant les tribunaux ou lors des audiences; ils les écoutent et gèrent des questions reliées à la dépression et à la santé mentale. L’intervention précoce d’un travailleur social sur une cause apporte des résultats très positifs pour les clients et pour les avocats. Les problèmes des clients sont résolus simultanément, rapidement et efficacement.

C’est une combinaison gagnante. Nancy Singer, travailleuse sociale à la Waterloo Region Community Legal Clinic, approuve cette théorie : « Quand il y a une collaboration entre les avocats et les travailleurs sociaux, les clients bénéficient de la meilleure des deux visions du monde et des deux ensembles de compétences, ce qui permet de répondre efficacement à leurs besoins juridiques et non juridiques. »

Un regard neuf sur la façon dont nous offrons nos services aux clients

Les professionnels sont formés pour travailler de manière spécifique selon les règles de conduite et les meilleures pratiques.

Les règles de conduite et les meilleures pratiques en matière de droit sont très différentes que celles en matière de travail social. Par exemple, les avocats ont été formés pour développer un esprit logique, pour avoir recours à la pensée critique et éviter les débordements émotionnels tandis que les travailleurs sociaux ont appris à être un soutien affectif en tenant compte des besoins uniques et de la valeur fondamentale de chaque personne.

« En tant qu’avocate, j’ai tendance à me concentrer sur l’analyse du problème d’une personne pour savoir s’il existe une solution juridique comme par exemple déterminer si une affaire peut être portée en appel, explique Shannon Down, directrice générale de la Waterloo Region Community Legal Clinic. Un travailleur social peut passer plus de temps à trouver comment le client s’est retrouvé avec des ennuis juridiques et tentera d’aider à identifier les obstacles que le client peut rencontrer en tentant de résoudre son problème. Ces approches sont toutes deux légitimes et complémentaires. »

Lorsque les professionnels mettent en commun leurs connaissances, leur formation et des meilleures pratiques, cela apporte un regard neuf sur la façon dont le service est fourni. Cette pratique élargit l’esprit dans lequel les professionnels approchent les causes des clients, chaque partie apprend et observe de nouvelles techniques, compétences et résultats. Cela ouvre la porte à un service plus collaboratif et global pour les clients vulnérables.

Les clients vulnérables et à faible revenu confrontés à des affaires juridiques qui sont souvent complexes peuvent bénéficier d’une intervention coordonnée des services juridiques et sociaux. Une approche qui se fonde sur les points forts qui existent déjà au sein des réseaux communautaires reliés à la santé, aux questions juridiques, à l’immigration et au handicap et des organismes de services sociaux constitue un excellent moyen de fournir aux clients tous les différents types d’aide dont ils ont besoin pour résoudre leurs problèmes.

Mme Singer confirme l’importance d’une intervention coordonnée, car le nombre de clients confrontés à des problèmes complexes continue d’augmenter. Elle explique que les problèmes juridiques surviennent au sein d’un contexte plus large qui nécessite des services supplémentaires. Mme Singer ajoute : « Les problèmes des clients ne sont généralement pas seulement de nature juridique, et ces derniers ont souvent du mal à séparer l’aspect juridique de la question présentée en raison de sa complexité. »

Par conséquent, une approche collaborative est l’une des meilleures façons de fournir un service homogène et efficace aux clients.

Éducation, formation et pratique en classe et sur le terrain

Le rôle que le travail social joue en droit est renforcé par l’offre de programmes et de formations professionnels interdisciplinaires. Les universités proposent des diplômes mixtes en droit et en travail social; les programmes collégiaux et universitaires en travail social offrent des stages dans le domaine juridique.

Il y a quelque temps, le Community and Legal Aid Services Program (CLASP) de l’Université de York a accepté un étudiant en travail social et cela s’est avéré une expérience positive d’une telle ampleur qu’un volet lié au travail social a été ajouté au programme CLASP. Toute personne admissible dont la cause rentre dans le cadre du CLASP a la possibilité de recevoir de l’aide d’un travailleur social. Ce service, c’est le client qui le choisit, non pas le personnel ou la clinique.

Une fois qu’une personne accepte le service relié au travail social, les étudiants en travail social et ceux en droit travaillent ensemble sur les dossiers, partagent l’information, échangent leurs connaissances, et apportent une expertise jointe aux résultats.

« La possibilité de fournir des services juridiques et sociaux à nos clients a permis à d’adopter une approche plus centrée sur le client pour résoudre les problèmes », explique Marian MacGregor, directrice de la clinique du CLASP. « Nous savons que les questions juridiques ne sont que la partie visible de l’iceberg. L’occasion pour les étudiants d’apprendre les uns des autres et d’être exposés à différentes professions est une expérience enrichissante pour tous. Je suis toujours ravie de l’échange d’idées et d’approches qui se produisent lorsqu’il y a une collaboration entre le droit et le travail social. »

Un partenariat pour aider à simplifier les problèmes

Nos clients à faible revenu sont souvent confrontés à de multiples défis qui compliquent leur vie. Les conditions sociales, culturelles, linguistiques et économiques jouent un rôle prépondérant dans la résolution de tout problème juridique. Le fait de construire des réseaux communautaires solides et de « coordonner l’intervention » est un moyen éprouvé et efficace pour aider les gens à régler leurs problèmes.

Le réseautage entre les travailleurs sociaux et les avocats est une façon de commencer une nouvelle révolution afin d’insuffler d’un changement dans notre système de justice dans lequel « l’accès à la justice » serait élargi pour inclure l’accès à une sélection de professionnels qualifiés et spécialisés ». Un changement qui signifie que les gens auraient « accès à n’importe quel professionnel », avocats, médecins, travailleurs sociaux; travailleurs communautaires, auxiliaires juridiques ou tout autre professionnel nécessaire pour repérer les besoins juridiques et y répondre. Un changement qui marque une amélioration considérable de la qualité de service apporté aux clients.

Joanne

Joanne Hall est conseillère en communications à Aide juridique Ontario. Elle possède plus de dix ans d’expérience au sein d’AJO dans des domaines variés. Elle a notamment passé plusieurs années au Bureau des avocats de service de College Park.