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Le projet Bulletin de santé juridique : le point de vue d’un intermédiaire

de Colleen Sym

Les personnes arrivent aux portes de l’église de Michael pour demander de l’aide, souvent par hasard, parfois par dessein. Le révérend chanoine Michael Patterson est le pasteur de la Church of the Incarnation, une église anglicane d’Oakville.

Pour plusieurs personnes, c’est leur dernier recours. Elles sont désespérées et elles sont venues pour demander la charité; elles ne pensent pas du tout à la justice. À l’église de Michael, les personnes sont reçues avec compassion et elles peuvent se confier sans se faire juger.

À mesure qu’elles se racontent, leur réserve diminue et elles commencent à se sentir plus à l’aise. Une relation de confiance se noue. Des discussions peuvent alors avoir lieu au sujet d’une aide proactive immédiate que la paroisse peut leur procurer pour atténuer la crise.

C’est souvent à ce moment-là que Michael change la direction de la conversation pour explorer les questions systémiques sous-jacentes ancrées dans leur expérience. L’un des outils qu’il utilise est le Bulletin de santé juridique. Cet outil, disponible en format papier ou électronique, met à la disposition des intermédiaires comme Michael une liste de questions touchant aux domaines du revenu, du logement, de l’emploi, des études et de la santé qu’ils peuvent poser aux personnes pour repérer les problèmes communs à celles qui vivent dans la pauvreté.

Mise à l’essai du Bulletin de santé juridique par les partenaires communautaires

L’église est l’un des sept partenaires communautaires qui participent au projet pilote Bulletin de santé juridique d’Halton. Les partenaires sont :

  • Employment Halton
  • La Halton Hills Family Health Team
  • Le Halton Multicultural Council
  • Links2Care
  • La Société Saint-Vincent de Paul de la paroisse Mary Mother of God d’Oakville
  • Voices for Change Halton.

Halton Community Legal Services et ces partenaires utilisent le Bulletin de santé juridique en tant que forme d’intervention communautaire. Une offre active des services de la clinique juridique est faite par des intermédiaires de confiance qui appartiennent aux réseaux de personnes ressources où s’adressent ceux et celles qui ont besoin de services juridiques. Grâce au Bulletin de santé juridique et à la relation qui s’est établie entre lui et le personnel de la clinique juridique, Michael peut appeler quelqu’un qui sait où s’adresser pour obtenir de l’aide — il pourra ainsi être orienté vers d’autres ressources chaudement recommandées et avoir accès aux réseaux des personnes ressources de la clinique.

Plus qu’un simple renvoi

Le rapport d’évaluation du projet, rédigé par le Dr Ab Curie, a été rendu public à la Conférence des cliniques juridiques du Sud-Ouest à la fin avril.

Dans le cadre de cette évaluation, Michael a déclaré qu’il aimait le projet en raison de sa structure — le projet fait plus que simplement donner un numéro de téléphone à une personne et lui dire d’appeler pour obtenir des conseils juridiques.

Une occasion de changement

Pour certains clients potentiels, le mot « juridique » est synonyme de « méfiance », mais l’attitude rassurante de Michael les aide à surmonter leurs soupçons. « Ça fait une grande différence de pouvoir dire aux gens qui m’aiment et me font confiance que c’est un projet auquel j’ai travaillé moi-même et que je suis intimement connecté au réseau des personnes qui vont leur offrir de l’aide, » a déclaré Michael.

« Pour les mettre à l’aise, j’essaie de leur rappeler que tout est confidentiel, qu’ils peuvent changer d’avis à tout moment et que cette expérience est complètement différente de celles qu’ils ont vécues dans le passé avec des organismes de ce genre. Aux clients qui pensent encore que c’est un risque, je leur suggère d’envisager cela comme une occasion de changement. »

Demandes de renvoi à la clinique

Au cours du projet pilote, 300 personnes ont été évaluées à l’aide du Bulletin de santé juridique. De 65 à 90 pour cent des personnes qui ont été évaluées par un des partenaires communautaires au moyen de cet outil ont demandé un renvoi à la clinique juridique pour obtenir de l’aide.

Par conséquent, le nombre de clients reçus par la clinique au cours de cette période a augmenté du tiers.

Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il retenait de sa participation au projet, Michael a répondu : « Il nous faut une coalition de groupes et d’organismes qui ont adopté une approche systémique pour aider les personnes à sortir de leur situation. Il nous faut également travailler de concert dans une direction unifiée. La clinique joue un rôle de premier plan dans ce processus. »

Les projets pilotes à venir

Ce que nous faisons pour s’engager dans ce processus, c’est d’élaborer un modèle de prestation des services juridiques holistiques et intégrés avec l’appui de partenaires communautaires. Dans la deuxième année du projet, les cliniques juridiques de Brant Haldimont Norfolk, du comté de Guelph et Wellington, et de Hamilton mettront le projet pilote en œuvre dans leur collectivité. Dans Halton, le projet sera étendu et consolidé.

Pour en savoir davantage, visitez le www.legalhealthcheckup.ca/fr/.

Extending the Reach of Legal Aid: Report on the Pilot Phase of the Legal Health Check-Up Project (Étendre la portée de l’aide juridique : rapport sur la première étape du projet pilote Bulletin de santé juridique) : https://www.legalhealthcheckup.ca/pdf/legal-health-check-up-pilot-evaluation.pdf (en anglais).

Colleen Sym est avocate et directrice générale d’Halton Community Legal Services, une clinique juridique communautaire financée par Aide juridique Ontario. La clinique procure des services en droit des pauvres aux personnes à faible revenu d’Halton. Les domaines du droit qu’elle touche sont les droits des locataires, le droit du travail, les droits de la personne et les droits aux prestations et pensions sociales.