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Pour que les programmes d’échanges de seringues en prison fonctionnent au Canada – 1ère partie

Ce billet présente le premier de quatre points de vue assez inusités concernant les programmes d’échange d’aiguilles et de seringues. Il explique pourquoi de tels programmes sont essentiels, ce qui se passe dans les prisons canadiennes et étrangères, et comment ce genre de programme peut fonctionner. Ces points de vue ont été exprimés par des panélistes du Réseau canadien de la réduction des méfaits lors d’une table ronde portant sur la justice et les droits des prisonniers, à l’Université Ryerson, à Toronto.

Pourquoi nous devons lancer un échange d’aiguilles dans nos prisons

Par Julie Thomas

Plus que jamais, le Canada doit maintenant lancer un programme d’échange d’aiguilles dans nos prisons. Il n’est pas question d’approuver la consommation de drogues, mais plutôt de réduire les effets nocifs du partage des seringues sur nos frères et sœurs autochtones, ainsi que sur les autres prisonniers.

Les prisonniers se piquent – peu importe notre opinion

Dans mon travail avec l’organisme Healing our Nations, j’ai parlé à de nombreux délinquants. Je sais qu’ils affirment qu’il n’y a pas de drogues en prison – mais nous connaissons la réalité.

Une des principales causes de cette situation, c’est que beaucoup de gens utilisent des aiguilles pour la première fois lorsqu’ils sont détenus parce qu’ils s’ennuient ou qu’ils veulent être acceptés.

De nombreux détenus partagent les seringues déjà utilisées pour s’injecter de la drogue parce que la plupart des prisons ne disposent pas de matériel d’injection stérile, ou n’offrent pas un accès sécuritaire et confidentiel à du matériel d’injection stérile. Le résultat, c’est qu’il est plus probable que les usagers de drogues par injection derrière les barreaux partagent et réutilisent leur matériel d’injection que les gens à l’extérieur, dans la collectivité.

Certains des cas dont j’ai entendu parler

Cette situation multiplie les risques pour la santé des prisonniers. Par exemple, de nombreux prisonniers utilisent et partagent des pistolets de tatouage bricolés. Ils nettoient leurs pistolets de tatouage avec les trousses d’eau de Javel fournies par la prison pour nettoyer les seringues. Toutefois, il est possible que l’eau de Javel ne soit pas fournie. De plus, les prisonniers sont moins portés à utiliser une trousse d’eau de Javel si elles elle est vieille ou en en mauvais état ou si les distributeurs sont placés dans un endroit public.

J’ai vu des distributeurs d’eau de Javel corrodés et fortement rouillés, juste à côté des distributeurs à condoms. Il est évident que personne n’avait voulu s’en servir depuis longtemps.

Et si les trousses de désinfection se trouvent dans un endroit public, comme un corridor près du gymnase, les prisonniers qui sont observés en train de s’en procurer s’exposent à une fouille de leur cellule.

Le VIH et l’hépatite C sont aussi transmissibles sexuellement. Mais dans de nombreuses prisons, les condoms sont seulement disponibles au bureau de l’infirmerie. Il est possible que les gens ne veuillent pas y aller, pour éviter de révéler à l’établissement qu’ils sont sexuellement actifs.

J’ai entendu dire que jusqu’à 30 personnes avaient utilisé une même seringue, et que l’aiguille pouvait atteindre le diamètre d’un stylo BIC.

J’ai entendu dire que des gens ont contracté une hépatite C après avoir été en contact avec le sang qui se trouvait sur un sac d’entraînement de boxe au gymnase de la prison, après des bagarres ou après avoir partagé des accessoires sexuels.

J’ai rencontré un gars qui s’est servi de seringues pour la première fois alors qu’il était en prison, qui a transmis le virus à l’extérieur, puis est retourné derrière les barreaux.

Le VIH (virus d’immunodéficience humaine) et l’hépatite sont entièrement évitables

Comme le révèle le site Web Urgence santé en prison, les taux d’infection des prisonniers par le VIH et le virus de l’hépatite C (VHC) sont au moins 10 et 30 fois plus élevés, respectivement, que pour la population canadienne en général.

Il n’y a aucune raison de tolérer que les gens soient affectés par ces maladies lorsqu’ils sortent de prison – et qu’ils infectent d’autres détenus, en plus des membres de leurs familles, leurs amis et les gens de leurs communautés.

C’est pourquoi il est important de faire passer le message et d’appuyer les programmes d’échanges de seringues dans nos prisons. Savoir, c’est pouvoir. C’est en faisant de la prévention, de la sensibilisation et de l’éducation que nous pourrons aider nos frères et nos sœurs autochtones à atténuer les risques de leurs comportements, et contribuer à la réduction des méfaits. <?p>

Visitez le site Urgence santé en prison pour voir la présentation complète de Julie (en anglais seulement).

Julie Thomas

Julie Thomas est chef de programme/directrice exécutive de Healing our Nations, un organisme qui renseigne et qui appuie 31 communautés des Premières Nations de la région de l’Atlantique et du Nord du Labrador dans la prévention du VIH/SIDA et de questions connexes. Au cours des cinq dernières années, elle a travaillé directement avec des détenus dans des établissements fédéraux. Julie est originaire de la Première Nation Paq’tnkek.