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Poste à pouvoir : combattant anti-crime – avec ou sans cape

Par Ann McRae

De nos jours, les personnes qui combattent le crime portent des jeans et des chandails, utilisent un téléphone cellulaire et travaillent pour un vaste réseau d’organismes aux budgets modestes.

Le projet FOCUS (acronyme de Furthering Our Communities: Uniting Services) de Rexdale marque la première introduction, dans la ville de Toronto, d’un modèle de prévention du crime qui a été développé au départ à Glasgow, puis mis à l’essai à Prince Albert, en Saskatchewan.

Un scénario familier

Imaginez la situation suivante :

Un jeune homme ayant un faible niveau d’éducation et un emploi peu rémunéré à temps partiel est stressé par ses possibilités limitées d’améliorer sa situation financière et par l’autisme non traité de son enfant de six ans. Après une nouvelle remarque désobligeante au travail, il n’en peut plus et démissionne. Il rentre chez lui en colère et endommage la porte de son propre logement en l’ouvrant d’un coup de pied, ne sachant pas que son fils autiste s’appuyait derrière la porte pour la maintenir fermée. Il se met en colère contre l’enfant et commence à s’en prendre à sa petite amie qui appelle la police.

Les policiers lui ordonnent de quitter le logement pour la nuit. Il se défonce et revient chez lui. La mère et les enfants s’enfuient.

Un agent de police les conduit à un refuge et arrête l’homme le lendemain matin. Au refuge, une travailleuse remarque des indices qui l’obligent à signaler le cas à la Société d’aide à l’enfance. Les enfants sont placés en famille d’accueil.

Le propriétaire voit les voitures de police et des voisins bouleversés. Le propriétaire entame une procédure de résiliation de la location en raison de l’acte illégal de dommages à sa propriété.

On a demandé au travailleur de l’aide sociale d’envoyer le chèque de l’aide sociale à la mère, mais il ne sait pas que le jeune homme avait travaillé.

L’aide sociale impose une grande dette à la famille, et réduit le montant de l’aide parce que les enfants sont en famille d’accueil.

Les arriérés de loyer s’accumulent tandis que la demande d’expulsion se poursuit.

Qu’en serait-il si...

...tous les organismes qui sont au courant des problèmes de cette famille pouvaient se réunir pour en discuter?

...l’école de l’enfant orientait les parents vers un soutien?

...du soutien, de l’espoir ou du counseling pouvaient aider le père à gérer la situation?

...la police, le procureur de la Couronne et l’avocat de service pouvaient éviter à l’homme une condamnation en lui imposant un service communautaire auprès du fournisseur de logements?

...le fournisseur de logements pouvait l’embaucher comme peintre, après son service communautaire?

...le jeune homme pouvait éviter une condamnation et être si fier de son succès qu’il ouvrirait une entreprise de peinture?

Alors, par où commencer?

Les initiatives communautaires exigent toujours beaucoup d’efforts. Justifier chaque sou de financement demande aussi beaucoup d’efforts, parce que les résultats sont très difficiles à mesurer. Comment peut-on établir le véritable prix du changement d’une vie et du changement d’une communauté?

À Rexdale, des groupes, dont la municipalité de Toronto, des agences d’intervention auprès des jeunes en situation de crise, des fournisseurs de logements sociaux, les services sociaux de Toronto, les services de police de Toronto et la Rexdale Community Legal Clinic, se réunissent autour de la table. Dans ce contexte, « se réunir autour de la table » n’est pas seulement une façon de parler. Il s’agit d’une réunion hebdomadaire!

S’inspirant du modèle de la Saskatchewan, l’initiative FOCUS de Rexdale consiste à, tout d’abord, reconnaître une personne ou une famille qui présente un risque élevé :

  • d’implication dans les activités de gangs;
  • de contribution à un incident violent;
  • de participation à des activités criminelles;
  • d’itinérance;
  • de suicide.

Souvent, c’est un enchevêtrement complexe de problèmes ou l’effet « boule de neige » d’événements qui crée la situation à haut risque.

Que met-on sur la table à FOCUS Rexdale?

Lorsque tous les organismes partenaires se réunissent derrière des portes verrouillées, que se passe-t-il? Qui mentionnera le cas de cette famille?

Ce sera peut-être un représentant des services sociaux ou un agent de police qui attirera l’attention sur ce qui s’est passé. Ou encore la travailleuse chargée de la justice pour les adolescents à la clinique d’aide juridique. Elle a reçu un appel du père le matin de sa libération. L’avocat de service au palais de justice, après une brève conversation avec sa femme, l’avait identifié comme une personne à risque extrême. Toute cette famille répond aux critères d’un cas exigeant une intervention immédiate.

Trop souvent, la clinique juridique n’est appelée qu’au moment où l’expulsion est imminente, où une suspension de l’aide sociale a causé l’accumulation d’énormes arriérés de loyer, où l’expulsion a déjà eu lieu, ou lorsqu’une peine d’emprisonnement vient de se terminer. À Rexdale, le financement de ce projet spécial nous permet d’être « autour de la table » et de faciliter le changement nécessaire.

Si toutes les cliniques juridiques pouvaient collaborer avec tous les organismes de services de cette façon, ce serait l’équivalent juridique de la distribution gratuite de vaccins contre la grippe. Même si ce n’est qu’une mesure de protection, nous sommes plus forts pour relever le défi quand nous y sommes confrontés. De la même façon, des partenariats solides peuvent consolider nos ressources, renforcer nos collectivités et contribuer à arrêter la propagation des maladies que sont le désespoir, la criminalité et le cycle de la pauvreté.

Ann McRae est la directrice des services juridiques à Rexdale Community Legal Clinic. 

Le présent article a été  initialement publié sur le blogue de Rexdale Community Legal Clinic.