2014 Dare to Dream Program – First Nations School of Toronto

Insuffler de nouveaux rêves aux jeunes autochtones

(Traduit de l’anglais par Sophie Raymond)

Le présent article a été  initialement publié sur le blogue Canadian Lawyers Abroad, le 13 février 2014.

Au cours des cinq derniers mois, j’ai pu participer à un projet très spécial qui ne m’a pas seulement ramenée à mes racines, mais qui m’a aussi rappelé pourquoi j’ai commencé à exercer une profession juridique et pourquoi, en tant que femme ojibway, j’ose rêver.

Peut-être avez-vous entendu parler du programme Dare to Dream des avocats canadiens à l’étranger, lancé en 2012 à la First Nations School of Toronto, qui vise à autonomiser les élèves autochtones et qui invite les avocats à participer à des activités de mentorat. Ce que vous ne savez probablement pas, c’est la façon dont ce programme a marqué ma vie.

En entrant dans la salle de classe des 7e et 8e années de la First Nations School of Toronto, on est saisi d’un sentiment d’appartenance à la communauté et comme, on peut s’y attendre, on ressent un peu de nervosité. Les élèves sont heureux que le programme Dare to Dream soit offert pour une autre année, mais aussi un peu inquiets à l’idée de ce que nous leur réservons. Chaque rencontre commence par une séance de purification autochtone, qui consiste à brûler des herbes médicinales, comme de la sauge ou du foin d’odeur, afin de purifier l’esprit et d’éliminer toutes énergies ou émotions négatives.

Plusieurs bénévoles n’ont jamais participé à une séance de purification autochtone et c’est l’une des nombreuses occasions où les élèves nous font connaître leurs pratiques culturelles. Après que nous nous soyons tous purifiés, nous jouons souvent à un jeu qui nous permet de nous laisser aller, de faire les fous et d’apprendre à nous connaître. C’est un spectacle plutôt rare que de voir des bénévoles provenant de cabinets d’avocats et d’organismes comme McMillan, Blakes, GE Capital, Olthius Kleer Townshend, Chiefs of Ontario, le Barreau du Haut-Canada et Aide juridique Ontario jouer à un jeu de « tigres, extraterrestres et vaches ».

Cependant, nous ne sommes pas là seulement pour jouer et avoir du plaisir; nous avons un travail sérieux à faire. Rares sont les personnes suivant les actualités qui ne savent pas que les jeunes autochtones sont considérablement surreprésentés dans le système de justice canadien. Rares sont ceux, aussi, qui n’ont jamais entendu parler de l’inégalité des chances entre les jeunes autochtones et ceux qui ne sont pas autochtones. Dare to Dream permet aux élèves et aux bénévoles de discuter de ces problèmes dans le but de réduire les écarts entre les possibilités qui se présentent à chacun de ces groupes de jeunes et de permettre aux élèves d’établir une relation saine avec la loi. L’un des moyens de parvenir à ces résultats consiste à permettre aux élèves de jouer le rôle de tous les participants d’un procès et de mener leur propre procès criminel fictif.

Cette année, les élèves ont reçu un scénario mettant en scène le vol présumé d’un lecteur de musique « MyPod » dans un magasin achalandé. Chaque élève s’est vu attribuer un rôle pour lequel il a dû se préparer en vue du procès et chaque bénévole s’est vu attribuer un groupe d’élèves. Les greffiers, les avocats de la défense et de la Couronne, les témoins, les membres du jury et les agents de sécurité de la cour ont rapidement pris vie grâce au zèle et à l’envie de réussir des élèves. Pendant près de deux mois, les bénévoles ont encadré les élèves en vue du procès fictif. Durant cette période, la personnalité de chacun s’est affirmée, leur confiance en soi a augmenté et des liens se sont noués. Personnellement, j’ai eu la chance de travailler avec un groupe d’élèves merveilleux et j’ai pu observer à quel point ils ont évolué de semaine en semaine et la façon dont leurs compétences en leadership se sont développées au fil du temps. Au cours de ce projet, les élèves sont passés d’adolescents hésitants à de jeunes adultes confiants.

Lorsque l’honorable juge Laforme a présidé, encore cette année, l’audience du procès fictif, les élèves n’ont pas eu peur de lui poser des questions et de prendre le contrôle. Toutefois, ce ne sont pas seulement les élèves qui ont été marqués par ce programme; moi aussi, je l’ai été.

Permettez-moi de revenir en arrière et de vous décrire la personne que j’étais à 13 ans. À cet âge, j’étais maladroite, timide, silencieuse et sans identité culturelle. Ma mère a été l’une des victimes de la rafle des années 1960 et ma grand-mère est une survivante des pensionnats. J’ai été élevée, comme ma mère et ma grand-mère avant moi, en étant peu attachée à mon identité ojibway et en ayant peu de connaissances de cette identité. En tant que jeune, j’étais consciente de ne pas cadrer avec l’image de ceux qui m’entouraient, pas plus qu’avec celle de mes amis non autochtones. C’est seulement en vieillissant et en commençant à me percevoir en tant que membre des Premières nations que mon désir d’apporter des changements et de permettre aux miens de s’intégrer dans la société s’est développé. D’où ma carrière en droit. Le programme Dare to Dream, et la First Nations School en particulier, m’ont rendue fière et m’ont enthousiasmée quant à l’avenir des miens. Les élèves ont fait montre de tant de courage, de confiance et de leadership. Ils nous rappellent constamment que nous sommes forts en tant que peuple et qu’avec des programmes comme Dare to Dream, l’avenir est prometteur.

Les élèves n’auraient pas pu arriver là où ils sont maintenant sans l’aide de gens formidables. Je remercie les nombreux bénévoles de leur engagement et leur leadership ainsi que l’honorable juge Laforme pour son temps, son dévouement, son expertise et son enthousiasme envers les élèves et le programme Dare to Dream. Le Réseau ontarien d’éducation juridique mérite également des remerciements pour avoir élaboré les composantes du procès fictif et pour avoir apporté son appui au programme. Merci également aux commanditaires : sans leurs dons généreux, le programme n’aurait pas pu prospérer comme il l’a fait. Je remercie également la First Nations School of Toronto de son engagement et sa confiance dans le programme, de même que pour avoir ouvert ses portes à un groupe d’avocats. Enfin, un grand merci à Sharla Niroopan, enseignante de la classe des 7e et 8e années, ainsi qu’à ses élèves pour avoir osé rêver avec nous et pour avoir rendu les jeunes autochtones d’aujourd’hui plus autonomes, plus confiants et plus forts.

Nous avons demandé aux élèves de quoi ils se souviendraient le plus à propos du programme et voici la réponse que nous ont fournie certains d’entre eux :

« Je pense que l’image du juge ne me quittera jamais » – Tyrone

« La sensation que plein d’avocats nous regardaient parler, mes camarades et moi, dans la classe » — Julius

« Le rôle que chaque personne a joué et à quel point cette expérience était amusante » — Skyla

« Toute l’aide que les avocats nous ont donnée sur la façon d’être un avocat et les raisons pour lesquelles ils sont devenus avocat » — Troy

« Qu’un juge autochtone vienne à notre école et qu’il participe avec nous au procès fictif et qu’il dise qu’il se sent comme chez lui » — Aisha

« Je pense peut-être d’avoir confiance en moi » — Danae

« Le plaisir que nous avons eu en pratiquant » — Josh

« Le programme Dare to Dream a vraiment donné une réputation prestigieuse à notre école au sein de la communauté scolaire autochtone. Pour la première fois cette année, les plus jeunes ont pu observer les plus vieux alors que ces derniers jouaient leur rôle dans le cadre du procès fictif. Une collègue assise dans l’assistance a mentionné l’engouement des élèves de 5e et 6e années pour le rôle qu’ils voulaient jouer lorsqu’ils seraient en 7e et 8e années. Ce que le programme Dare to Dream a enseigné de plus précieux aux élèves a été de savoir prendre des risques, de développer un esprit critique et de comprendre les différents rôles et les différentes responsabilités associés au système de justice. Tous mes élèves sont fiers du succès qu’a remporté le procès criminel fictif et de son authenticité. Ils sont aussi tous reconnaissants du temps et des efforts que les avocats bénévoles leur ont consacrés. » — Sharla Niroopan, enseignante en 7e/8e années, First Nations School of Toronto

« Ces élèves m’ont rendu très fier. Je me souviendrai longtemps de ces jeunes. En fait, ils m’ont donné le sentiment d’être chez moi dans ma réserve, auprès des gens de mon peuple. Dare to Dream est un programme fantastique qui, j’en suis sûr, insufflera de nouveaux rêves aux élèves. Ce sont des jeunes très spéciaux qui méritent de pouvoir faire ce qu’ils veulent dans la vie. Et je crois qu’ils le feront. Un gros “Chi Miigwetch” à eux et à tous les généreux bénévoles. » – L’honorable juge Harry LaForme (le tout premier Autochtone de l’histoire du Canada à être nommé à siéger à une cour d’appel).

 

Fallon Melander

À propos de Fallon Melander

Me Fallon Melander est une Ojibway de la Première Nation Wikwemikong et elle dirige actuellement la Stratégie de justice applicable aux Autochtones d’Aide juridique Ontario (AJO).

Avant de se joindre à l’équipe d’AJO, Fallon a travaillé à la clinique juridique communautaire de l’Université d’Ottawa et a fait un stage auprès de l’organisme Aboriginal Legal Services of Toronto.

Fallon, qui est une membre active de l’Association du Barreau Autochtone et participe au programme Dare to Dream lancé par les avocats canadiens à l’étranger, s’engage à procurer aux Autochtones et à leur communauté l’accès à la justice.