Jeff Perera

L’importance de travailler avec des hommes et des garçons pour éradiquer la violence envers les femmes

par Jeff Perera

(traduit de l’anglais par Sophie Raymond)

En qualité de chef de l’engagement communautaire pour White Ribbon, j’ai la chance d’être régulièrement appelé à faire des exposés et animer des ateliers sur un sujet qui me passionne : encourager les hommes et les garçons à s’investir activement pour mettre fin à la violence contre les femmes et les filles.

Notre travail consiste à lutter contre les causes profondes de la violence fondée sur le sexe et à analyser attentivement les origines de la violence envers les femmes et les filles. Afin de cerner la responsabilité des hommes à l’égard de ce problème, nous mettons l’accent sur la notion de masculinité, des façons plus saines de vivre sa masculinité et l’importance pour les hommes de servir de modèles pour des jeunes garçons et d’autres hommes.

L’objectif n’est pas de pointer du doigt les hommes, mais de déterminer comment les intégrer à la solution. Nous voulons qu’ils soient conscients de nos réalités et de l’impact que nous pouvons avoir, qu’ils comprennent que ces dynamiques sont toujours présentes et que des conversations au sujet de la masculinité doivent avoir lieu tous les jours.

Nous ne demandons pas aux hommes de clamer leurs convictions sur les toits ou de manifester dans les rues. Nous préférons les sensibiliser aux gestes et occasions de la vie quotidienne qui leur permettent d’avoir une influence positive sur leurs pairs, et de contrer le langage dénigrant et les idées préjudiciables envers les femmes et les filles.

Results from a survey by White Ribbon: Men's Attitudes and Behaviours Towards Violence Against Women (clicking on image will take you to the full results)

Les hommes jouent un rôle essentiel dans les perceptions que se font d’autres hommes du comportement qui est acceptable pour un homme, y compris de l’image de la masculinité et de la manière appropriée de traiter les femmes et de parler à leur sujet. Chaque jour, nous avons des occasions, brèves, mais importantes, dans notre propre foyer, avec des amis, au travail ou à notre lieu de prières, de changer les idées préconçues.Par exemple, si un homme se trouve dans les vestiaires et qu’il entend une blague sexiste, il peut exprimer sa désapprobation en disant : « Je ne veux pas entendre ce genre de blagues » au lieu de demeurer silencieux. Si un homme voit un ami siffler une femme dehors, il peut réagir en affirmant : « C’est du harcèlement et tu ne devrais pas faire ça. »

WR s’efforce également de contrer des idées toxiques au sujet de la masculinité et de la virilité; la « formule » sociale pour être un « vrai homme » semble toujours se résumer à prouver que vous n’êtes pas une femme (ce qui serait mal selon le courant de pensée dominant). Il ne faut pas jeter le ballon, courir ou rire « comme une fille »; il ne faut pas montrer ses émotions ou ses faiblesses, « comme le ferait une fille ».

Ces concepts influent profondément sur la façon dont les hommes et les garçons mènent leur vie au quotidien. Nous imposons aux hommes l’attente très lourde qu’ils doivent toujours être forts et durs. Cette contrainte les empêche de faire preuve d’empathie, de compassion et d’intimité émotionnelle. Nous devons adopter une image plus variée de ce que doit être un homme.

Ce sont sûrement des sujets de conversation difficiles. Nous avons créé un forum pour encourager ce genre de conversation et y sensibiliser le public, la conférence de White Ribbon de 2013 qui s’est tenue les 22-23 novembre 2013 à Toronto, What Makes A Man. Nous invitons des présentateurs de tous les milieux et de tous les horizons, pour faire de brefs exposés sur ces concepts et encourager une participation active et lancer le dialogue. Nous utilisons abondamment les médias sociaux et les tweets en temps réel (#WMAM2013), et nous répondons aux questions sur les mots-clics de la conférence dans les présentations.

Il est urgent de redéfinir la masculinité, parce que cette définition a une influence profonde sur la vie des femmes et des filles, ainsi que sur celle des hommes et des garçons, ou des membres du groupe des LGBTQ. En renonçant à la poursuite d’une position de mâle, d’alpha dominant, les hommes peuvent accepter leur véritable identité intime d’être humain, sans chercher à être ce que leur imposent des scripts sociaux préconçus définissant les sexes. Une expression que nous utilisons et que j’affectionne est : Je ne dois pas être L’homme pour être Un homme.

Nous préconisons une vision globale, qui tient compte des liens qui nous relient tous. Notre vision est celle d’un monde sans violence envers les femmes et dans lequel toutes les personnes, quel que soit leur sexe, peuvent vivre à l’abri de la violence et des agressions.

Jeff Perera est chef de l’engagement communautaire à White Ribbon

A map of places around the world with active White Ribbon campaigns

Le mouvement White Ribbon (WR) a été fondé à Toronto, en 1991, par trois bénévoles,  Ron Sluser, Michael Kaufman et feu Jack Layton, deux ans après le massacre de l’École Polytechnique. Les fondateurs de WR savaient qu’aussi dévastateur que fût le massacre de l’École Polytechnique, il ne s’agissait pas du tout d’un incident isolé et qu’il témoignait d’une réalité de violence globale contre les femmes. Aujourd’hui,  White Ribbon est présent dans plus de 60 pays et toute l’année.

Chaque campagne est le résultat des efforts de sensibilisation des personnes responsables des activités sur place, et chaque organisateur adapte ces activités aux cultures et communautés locales.

Le site web de White Ribbon www.whiteribbon.ca contient de plus amples renseignements.