Faire le point et agir : conversation avec Frank Mugisha Évènement principal du 5e Symposium sur le VIH, le droit et les droits de la personne parrainé par le Réseau juridique canadien VIH/sida

Par Alyssa Clutterbuck

Frank Mugisha est l’un des principaux militants pour les droits des lesbiennes, des gais ainsi que des personnes bisexuelles et transgenres (LGBT) en Ouganda. Directeur général de Sexual Minorities Uganda (SMUG) et fondateur de Icebreakers Uganda, monsieur Mugisha a reçu le Robert F. Kennedy Human Rights Award de 2011et la bourse commémorative Thorolf Rafto pour son activisme dans le combat contre l’homophobie dans toute l’Afrique subsaharienne. Le Réseau juridique canadien VIH/sida a parrainé une conversation avec monsieur Mugisha dans le cadre de son 5e Symposium sur le VIH, le droit et les droits de la personne.

Barbara Hall, ex-maire de Toronto, a présenté monsieur Mugisha et livré des réflexions sur l’échec initial des efforts de mobilisation à Toronto contre l’épidémie de VIH/sida dans les années 1980.

Monsieur Mugisha a parlé de la présentation en 2009 par le député David Bahati d’un projet de loi antihomosexualité qui interdit toute forme de relation sexuelle entre personnes du même sexe, interdit la promotion ou la reconnaissance de telles relations, comporte des mesures connexes et modifie ou abroge certaines lois en conséquence. Il prévoit l’imposition de la peine de mort pour actes d’homosexualité en série; l’élargissement de la criminalisation des relations entre partenaires de même sexe et même l’interdiction aux Ougandais d’avoir une relation avec un partenaire de même sexe en dehors de l’Ouganda, sous peine possible d’extradition du pays hôte et de rapatriement au pays pour y imposer des sanctions. Le projet de loi punit aussi les personnes, les entreprises, les médias et les ONG qui connaissent des LGBT ou défendent les droits des LGBT. Dans le cadre de la loi actuelle, les relations entre partenaires de même sexe sont illégales en Ouganda et punissables d’incarcération pouvant aller jusqu’à 14 ans.

Monsieur Mugisha a fait remarquer qu’on peut retracer les origines du projet de loi à une conférence pendant laquelle trois évangélistes chrétiens éminents des États-Unis ont affirmé que l’homosexualité menaçait la cohésion des familles africaines. Depuis sa présentation, le projet de loi a été dénoncé par la communauté internationale et plusieurs gouvernements ont menacé d’arrêter l’aide à l’Ouganda. La forte résistance de la communauté internationale et des activistes ougandais sur place a contribué à retarder le projet de loi en comité. Pourtant, monsieur Bahati a présenté le projet de loi à nouveau en février 2012.

Frank Mugisha

Frank Mugisha

Monsieur Mugisha préconise une méthode douce de combat contre les mythes qui freinent les progrès des droits des LGBT en Ouganda, y compris l’opinion de plusieurs Ougandais que l’homosexualité est une importation de l’Occident qui n’a pas de racines dans la culture africaine. Parmi les moyens d’atténuer le stigmate, monsieur Mugisha demande plus de discussions à l’échelle communautaire afin de contribuer à donner des visages aux LGBT.

En dépit des menaces à sa vie et du meurtre en 2011 de son collègue et mentor, David Kato, monsieur Mugisha répond résolument aux inquiétudes pour sa vie. Il pense que le fait qu’il soit reconnu en tant qu’activiste a contribué à le protéger d’une arrestation. « Ma visibilité et mes paroles me protègent, » dit-il. Il admet cependant qu’il doit être prudent quand il se déplace dans Kampala et le reste du pays.

Monsieur Mugisha a reçu des offres d’asile dans plusieurs pays, mais il tient à demeurer en Ouganda. « Je ne pourrais jamais penser à quitter l’Ouganda. J’y ai vécu toute ma vie. »

Une vidéo de l’évènement sera bientôt affichée sur le site Web du Réseau juridique canadien VIH/sida : www.aidslaw.ca/FR/

Alyssa Clutterbuck est étudiante en droit à l’université McGill et stagiaire d’été du Réseau juridique canadien VIH/sida.