Entretien avec le directeur général d’Aide juridique en Australie

J’ai récemment eu l’occasion d’interviewer Anthony Reilly, directeur général de Legal Aid Queensland, en Australie. J’étais impatiente d’en apprendre davantage sur le fonctionnement de l’aide juridique dans un pays semblable au Canada sur de nombreux points : histoire du Commonwealth, système juridique fondé sur la common law, population diversifiée et vaste territoire. Si seulement nos climats étaient plus semblables …

Anthony Reilly, CEO of Legal Aid Queensland

Anthony Reilly, directeur général de Legal Aid Queensland

Anthony, vous dirigez un programme d’aide juridique de grande envergure et très efficace, à Queensland, le deuxième état le plus grand d’Australie. Quelle est votre formation et qu’est-ce qui vous a motivé à poursuivre une carrière dans le système de l’aide juridique?

Je suis avocat de profession. J’ai travaillé dans des centres juridiques communautaires en me spécialisant dans le droit des réfugiés et la sécurité sociale pendant presque dix ans lorsque j’avais un peu plus de vingt ans, après mon admission au barreau. Toutefois, lorsque j’ai eu trente ans, je suis entré à la fonction publique, principalement parce que je devais gagner mieux ma vie pour subvenir aux besoins de ma famille et rembourser mon hypothèque, mais aussi parce que je voulais comprendre comment fonctionne le gouvernement et comment le pouvoir est exercé. Après une dizaine d’années au gouvernement, j’ai vu une annonce pour le poste de directeur général de l’aide juridique et j’ai décidé de postuler. Étonnamment, j’ai eu le poste. C’est un grand privilège pour moi que de diriger cet organisme.

Comme Aide juridique Ontario, Legal Aid Queensland offre tout un éventail de services et ressources, dont des bureaux d’aide juridique, des points d’accès communautaires, des avocats de service, des conseils par téléphone, des renseignements sur le Web et des services de représentation complets. Quels autres services juridiques sont offerts dans votre région du monde?

Comme vous l’avez souligné, nos services principaux sont les renseignements juridiques, les conseils juridiques et la représentation juridique. Nos services de renseignements juridiques sont offerts à tous les habitants du Queensland, quels que soient leurs moyens financiers. Les gens peuvent obtenir ces services par téléphone ou visiter l’un de nos 13 bureaux, qui se trouvent dans notre capitale, Brisbane, et dans des centres régionaux répartis dans l’état. Nous affichons également une foule de documents d’information juridique sur le Web sur divers sujets juridiques. Nous croyons que l’information juridique est un service important, car elle aide les gens à cerner leurs problèmes juridiques et à déterminer les étapes qu’ils doivent suivre pour résoudre leurs problèmes. Nos séances de conseils juridiques sont aussi gratuites pour les habitants du Queensland et peuvent être suivies par téléphone ou en personne, dans un de nos bureaux.

Les services de représentation juridique sont prodigués par notre personnel juridique interne et par des cabinets d’avocat privilégiés dans l’état qui fournissent des services d’aide juridique en notre nom. Environ 80 % de notre travail juridique est effectué par des fournisseurs privilégiés. Les gens qui ont besoin de représentation juridique doivent remplir un formulaire de demande et satisfaire à nos critères financiers et de mérite, ainsi qu’aux lignes directrices sur le financement qui sont rédigées par l’état et les gouvernements du Commonwealth. Nous offrons des services de représentation juridique dans les domaines du droit criminel, du droit de la famille et du droit civil, dans certaines circonstances.

Voici quelques-uns de nos services plus spécialisés :

Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle vous donne une idée de l’éventail des services que nous offrons. Nous sommes particulièrement fiers des services spéciaux que nous avons pu mettre en place ces dernières années, comme les services juridiques aux personnes touchées par les inondations (Flood Legal Service), que nous avons établis en 2011 pour représenter des personnes touchées par les terribles inondations qui ont dévasté Brisbane, Ipswich, Grantham et les régions avoisinantes en janvier 2011. Nos avocats ont représenté des centaines de personnes touchées par les inondations et qui se retrouvaient aux prises avec des conflits avec leurs assureurs sur leur droit à des prestations d’assurance. L’équipe est parvenue à des résultats fantastiques pour des centaines de personnes et nous sommes très fiers de son travail. Nous avons aussi adopté une méthode plus coordonnée du programme d’éducation juridique communautaire, qui vise à sensibiliser le grand public et les travailleurs communautaires à leurs droits juridiques et à nos services.

Qui sont vos clients typiques? Qui sont vos clients prioritaires?

Nos clients sont les membres de notre communauté les plus défavorisés sur le plan financier et social. La grande majorité bénéficie d’une forme quelconque d’aide sociale du gouvernement et bon nombre d’entre eux sont confrontés à de multiples désavantages, comme le chômage, de faibles niveaux d’alphabétisation, l’itinérance, une famille qui ne parle pas l’anglais ou des handicaps physiques ou cognitifs. Notre objectif est de veiller à ce que ces personnes vulnérables ne passent pas à travers les mailles et qu’elles puissent avoir accès à nos services.

Donnez-nous quelques exemples des défis que vous rencontrez lorsque vous fournissez des services dans des régions éloignées et dans l’outback australien?  Comment relevez-vous ces défis?

Queensland est un état très vaste, où la majorité de la population vit dans la région du sud-est et dans les villes régionales le long de la côte. Cependant, ces dernières années, nous avons été témoins d’une croissance de la population dans les régions centrales, comme Mount Isa, à cause du boom de l’exploitation minière. Il y a aussi des gens qui habitent dans des petites localités et dans d’énormes propriétés agricoles à travers l’état. Un des défis que nous rencontrons est de veiller à ce que tous les habitants de Queensland aient accès à nos services, qu’ils habitent près du centre-ville de Brisbane, dans un ranch dans le bush ou dans une petite localité dans le golf de Carpentaria.

Une grande partie de notre travail repose sur la technologie. Nous fournissons une multitude de renseignements juridiques en ligne et par téléphone, et des conseils par vidéoconférence. Nous visitons également régulièrement différentes communautés, afin de fournir des conseils en personne. Nos avocats font une tournée dans des communautés régionales et éloignées avec nos divers tribunaux.

L’Ontario, comme Queensland, abrite une importante population autochtone, qui est surreprésentée dans le système de justice. Comment offrez-vous des services adaptés à la culture des Autochtones du Queensland?

Nous avons mis au point un certain nombre de services destinés spécialement aux peuples autochtones et insulaires du détroit de Torrès, comme une ligne d’information pour les Indigènes qu’ils peuvent appeler de n’importe où dans le Queensland au prix d’un appel local. La ligne d’information assure aux peuples indigènes l’accès à des informations juridiques et à des services de renvoi, même s’ils vivent dans les régions éloignées de l’état qui offrent un nombre limité de services juridiques. Notre personnel, y compris notre agent de liaison communautaire du bureau de Cairns, effectue régulièrement des visites dans les communautés indigènes éloignées pour tenir des séances gratuites d’information et de conseils juridiques. En outre, notre personnel suit une formation de sensibilisation aux besoins culturels et assiste à des événements comme la semaine NAIDOC (National Aborigines and Islanders Day Observance Committee), qui est une célébration de la culture indigène, afin de promouvoir nos services. En Australie, il y a une organisation d’aide juridique spéciale, du nom d’Aboriginal and Torres Strait Islander Legal Service, qui est financée par le gouvernement du Commonwealth pour fournir des services juridiques aux peuples indigènes. Nos organisations collaborent pour répondre aux besoins juridiques des Autochtones et des insulaires du détroit de Torrès.

Comment votre organisation a-t-elle évolué depuis sa création? La technologie a-t-elle changé la façon dont vous servez vos clients?

Legal Aid Queensland a officiellement ouvert ses portes le 3 décembre 1979, avec 18 avocats à temps plein et trois avocats à temps partiel, 48 membres du personnel administratif et un budget de six millions de dollars. Aujourd’hui, nous comptons 446 employés équivalents temps plein, dont des avocats internes, des agents de subventions qui évaluent les demandes d’aide et gèrent les subventions, et du personnel administratif qui travaille dans plusieurs services comme la bibliothèque de droit, les services de technologie de l’information, les finances et les ressources humaines. Notre budget est passé à presque 111 millions de dollars et nous venons en aide à plus de 1,5 million de personnes chaque année par le biais de nos services juridiques de prévention (qui comprennent l’accès aux activités d’information juridique communautaire, l’accès à notre site Web et aux publications, des lignes téléphoniques gratuites d’information et les services de renvoi). Par ailleurs, 158 296 personnes de plus bénéficient de l’aide juridique, dont des conseils juridiques, des services juridiques mineurs, des services de règlement des conflits familiaux, des services d’avocats de service et de la représentation au tribunal pour des affaires de droit criminel, de droit de la famille et de droit civil. Nous abritons le cabinet d’avocats criminalistes le plus important du Queensland et l’un des plus grands cabinets d’avocats en général de l’état. Un grand nombre de nos avocats sont considérés comme des experts dans leurs domaines. Nous sommes fiers du fait que souvent les membres de notre personnel sont nommés à la magistrature et à d’autres postes gouvernementaux haut placés.

La technologie a bien évidemment eu une influence énorme sur notre façon de travailler. Nous avons récemment introduit un système de gestion des documents et dossiers électroniques à l’échelle de l’organisation. Nous mettons en place un système de classement des fichiers électroniques pour nos avocats et nous mettons actuellement à l’essai un système où les avocats utilisent des tablettes pour consulter les ressources juridiques et autres documents pendant qu’ils sont au tribunal. Nous avons aussi presque terminé un projet de mise à jour de notre manuel des avocats de service. Pour la première fois, nous allons le publier électroniquement, pour que les avocats puissent le consulter sur leurs Ipad, iPhone et autres dispositifs mobiles. Nous sommes également sur le point de remanier entièrement notre site Web externe, qui devrait être prêt au cours des 12 prochains mois.

Donnez-nous des exemples de réussites que votre organisation a enregistrées l’année passée ou l’année d’avant?

Chaque fois qu’un client obtient de bons conseils juridiques ou qu’il est bien représenté au tribunal ou dans une séance de médiation, c’est une réussite pour moi!

Legal Aid Queensland fait-elle face à des contraintes budgétaires? Dans l’affirmative, comment votre organisation assure-t-elle la meilleure utilisation possible des fonds pour fournir des services de haute qualité?

Comme tous les organismes financés par l’état, Legal Aid Queensland doit fonctionner dans les limites de son budget, qui est établi par nos organes de financement, à savoir le gouvernement du Queensland et le gouvernement du Commonwealth. Les gouvernements ont des priorités de financement conflictuelles, que ce soit dans le domaine des soins de santé, de l’éducation et des services policiers, exécutées par le biais d’organismes comme l’aide juridique. Il n’y a jamais de budget illimité et les gouvernements doivent décider comment répartir leurs ressources. Il est de notre responsabilité d’assurer un bon rapport qualité-prix pour le gouvernement et les contribuables, et d’aider le plus grand nombre de personnes possible, aussi efficacement que possible, dans les limites de notre budget. Cela signifie que nous ne pouvons pas fournir des services dans chaque domaine du droit et à tous ceux et celles qui aimeraient recevoir des services de représentation juridique gratuits. Nous devons donc focaliser nos services sur les membres les plus défavorisés de la société et nous représentons des gens dans des domaines du droit où nous pouvons véritablement aider. En offrant des renseignements et des conseils juridiques gratuitement et en proposant un programme d’éducation juridique communautaire, nous parvenons à aider un plus grand nombre de personnes à résoudre leurs problèmes juridiques et, nous l’espérons, à obtenir des résultats sans avoir besoin d’un avocat. Nous utilisons la technologie chaque fois que possible pour réduire le coût de la prestation des services; par exemple, nous pouvons utiliser la technologie des vidéoconférences pour prodiguer des conseils juridiques aux personnes détenues dans des prisons et autres établissements correctionnels, au lieu de contraindre nos avocats à parcourir de longues distances pour se rendre à ces établissements. Ainsi, les avocats peuvent aider un plus grand nombre de personnes. Nous nous efforçons aussi de maintenir nos frais administratifs et généraux au minimum, et nous avons la chance énorme que de nombreux avocats acceptent des dossiers d’aide juridique à des taux raisonnables. Environ 80 % de notre travail sont délégués aux avocats et nous ne pourrions pas répondre aux besoins juridiques de la collectivité sans leur engagement à fournir des services de qualité à nos clients.

 

 

 

 

Emily Baillie

À propos de Emily Baillie

Emily Baillie occupe le poste de conseillère en communications à Aide juridique Ontario. Elle s’intéresse aux médias sociaux, aux questions de justice et aux affaires internationales. Auparavant, Emily a occupé un poste en Communications à l’université de Toronto, au mnistère de la Santé et à la Commission irlandaise des droits de l’homme à Dublin. Elle est membre de la division de Toronto de l’International Association of Business Communicators. Elle est aussi une photographe, une voyageuse et une blogueuse passionnée.